Le fonds Corporate de capital-risque Sanofi Ventures a été créé il y a 10 ans, à Boston. Il gère 800 M€, avec un focus sur deux axes : le médicament et la santé numérique. Son dernier investissement, annoncé en janvier et souligné par Laia Crespo, Partner, est celui réalisé dans Atalanta Therapeutics, qui a bouclé une série B de 97 M$, codirigée par Sanofi Ventures, pour financer une phase 1 sur ses thérapies expérimentales par RNAi dans l’épilepsie et la maladie de Huntington. Autre exemple récent : en décembre dernier, Sanofi a codirigé le tour de série B de 161 M$ de Nuvig Therapeutics, destiné à financer le passage en phase 2 d’un immunomodulateur de 2ème génération pour des maladies auto-immunes inflammatoires. En 2024, le fonds a participé à six investissements, versus 10 en 2023, tous dans le domaine du médicament.
Médicament et santé numérique
Dans le secteur des thérapies innovantes, le fonds, qui emploie désormais 10 collaborateurs (7 à Boston, 3 à Paris), investit dans des domaines thérapeutiques diversifiés, avec toutefois un point commun : les entreprises doivent présenter un intérêt, actuel ou futur, pour Sanofi. L’immunologie est le premier d’entre eux, en particulier la dermatite atopique ou l’asthme, suivie par les maladies rares, l’oncologie, la neurologie et les vaccins. « Nous investissons dans des entreprises, aux Etats-Unis et en Europe, qui sont susceptibles de revêtir une importance stratégique pour Sanofi et qui ont le potentiel d’avoir un impact significatif sur la vie des patients », précise Laia Crespo. Plus de 40 sociétés sont actuellement actives dans le portefeuille (dont huit en Europe), ce qui correspond à une centaine de programmes de R&D en cours;
Les investissements du fonds se font en syndicat avec, le plus souvent, une participation aux tours suivants. Ils interviennent à des stades divers : seed, séries A, B ou C. « Nous avons la possibilité de faire des tickets de plus ou moins grande taille, allant de 2 M€ à 30-35 M€, en fonction des objectifs et des besoins des entreprises. Cette forte flexibilité nous donne un avantage compétitif car elle nous permet de sélectionner des entreprises très jeunes ou, au contraire, un peu plus matures », note la Partner. Dans les faits, toutefois, les gros tickets représentent la majeure partie des investissements, en raison de la volonté du fonds d’avoir une position de lead ou co-lead (c’est le cas dans 80 % des tours de table) et d’occuper une place importante au sein du conseil d’administration pour participer activement à la définition de la stratégie de la société.
Partenariats avec Sanofi
Dans la mesure où Sanofi Ventures investit dans des domaines d’intérêt pour Sanofi, des partenariats sont parfois conclus entre le laboratoire et des sociétés du portefeuille : « Il y a des «strategic wins». C’est par exemple le cas de Kymera Therapeutics, une jeune entreprise basée aux États-Unis dans laquelle le fonds a investi en 2018. Deux ans plus tard, Sanofi a conclu une licence sur le programme IRAK-4, qui concerne notamment la dermatite atopique, une des aires thérapeutiques phares de Sanofi. Ce programme, actuellement en phase 2, est désormais développé au sein du laboratoire et a été identifié comme étant un de ses 12 potentiels futurs blockbusters », complète Laia Crespo. Des partenariats stratégiques sont aussi conclus en santé numérique entre Sanofi et les entreprises du portefeuille de Sanofi Ventures : développement de programmes numériques de soutien aux patients avec la société Medisafe, utilisation de «wearables» et de capteurs dans les essais cliniques avec Empatica ou encore exploration des applications de biologie spatiale et de médecine de précision avec Nucleai. Autre réussite mise en avant : depuis sa création, le fonds a réalisé quelque 25 sorties. En particulier, « 2024 a été une bonne année : Icosavax a été acquis par AstraZeneca pour 1,1 Md$, Escient Pharmaceuticals a été racheté par Incyte pour 750 M$ et Aliada Therapeutics par AbbVie pour 1,4 Md$. Le fonds a pu grossir grâce à ces opérations qui nous permettent de faire des réinvestissements », souligne Laia Crespo. Quid de 2025 ? « Il y a des dossiers très intéressants, avec de belles innovations scientifiques et des projets qui retiennent l’attention. Des fonds de capital-risque ont levé des fonds, donc il y a de l’argent et je reste optimiste sur la création et le soutien des entreprises. Concernant les sorties en bourse, c’est plus incertain », analyse la Partner.
Valérie Moulle





