A l’issue de ses états généraux le 9 décembre dernier, le Collectif Femmes de Santé, qui compte de nombreuses Femtech, a demandé au gouvernement de s’engager sur une stratégie nationale Santé de la Femme. Il a préconisé la mise en place d’un parcours dédié et la création d’un Institut National Santé de la femme afin de piloter cette stratégie. Alice de Maximy, fondatrice du collectif Femmes de Santé et d’hkind fait le point sur les enjeux en cours.
Biotech Finances : Quelle est la genèse du collectif Femmes de santé ?
Alice de Maximy : Biologiste moléculaire et diplômée d’HEC, j’ai commencé ma carrière dans un cabinet de conseil et de marketing pour les biotechs et les pharmas. Mais j’avais l’intérêt général dans les veines. Pour moi, l’honnêteté, la sincérité et l’éthique sont des valeurs fondamentales dans la santé.

Après un parcours en santé publique et à l’étranger, j’ai fondé la start-up hkind (pour h(uman)kind) en 2019. Cette healthtech a créé une application destinée à partager des initiatives de santé pour tous, grâce à des algorythmes de mise en relation, un tableau de monitoring et la possibilité de se contacter. Et ce, avec l’aide d’élèves de l’école digitale Hetic. Je me suis vite rendu compte que la place des femmes dans la santé n’était pas assez mise en lumière. Fin 2019, j’ai donc lancé un trophée des 13 projets, portés par des femmes dans la santé représentant des initiatives utiles, concrètes. Puis, j’ai fondé Femmes de santé, financé au départ par la start-up Hkind. Il s’agit du premier collectif pluriprofessionnel de femmes qui ont une activité dans le secteur de la Santé et où les femmes se présentent en tant que personnes et professionnelles. C’est un réseau de sororité entre les membres de ce collectif. La plateforme d’échange initiale a été vite remplacée par un nouvel outil plus ergonomique, en vue de faciliter les échanges entre les membres. Nous l’avons conçue sur mesure adaptée à leurs besoins et demandes. Pour la décrire, je dirais que c’est une sorte de mélange de Facebook, LinkedIn et Slack. Les valeurs y sont vérifiées même si les personnes sont responsables de leurs écrits. Hébergeur de contenu et non pas éditeur, le collectif se réserve le droit de supprimer un post inapproprié.
Biotech Finances : Quel est le rôle de Femmes de santé dans l’entreprenariat au féminin ?
Alice de Maximy : De nombreuses Femtech nous ont rejoint. Ces start-upeuses innovent au service de la santé de la femme et non pas du bien-être. Pour elles, l’enjeu de l’interopérabilité revient sans cesse, car pour créer des dispositifs médicaux (DM) en santé innovants pour la femme, disposer de données pour prouver l’utilité du DM sur la pathologie, la symptomatologie, le parcours de santé est indispensable. Or ces données n’existent pas ou si c’est le cas, partiellement.
Les femmes, qui vont dans la Femtech se retrouvent avec une double peine : étudier la donnée de base sur les maladies concernées, qui sont peu référencées, ignorées voire niées et apporter la preuve que leur DM sera utile pour s’attaquer à la cause ou aux symptômes de ces pathologies.
La Femtech dans la santé de la femme cible 50 % de la population. Le démarrage est plus lent car les données n’existent pas. De plus, les femmes inspirent moins confiance pour lever de l’argent. Le démarrage de leur projet prend plus de temps même si du fait de leur persévérance, il est souvent couronné de succès. Dans ces innovations de la santé de la femme, nous avons découvert dans la préparation des Etats-Généraux du 9 décembre que bon nombre d’innovations majeures pour la santé de la femme ne voyaient jamais le jour ou n’étaient jamais lancées.
Biotech Finances : Quelles sont les spécificités dans la santé de la femme ?
Alice de Maximy : La santé doit s’attacher à la singularité culturelle, biologique de la femme mais également tenir compte de la charge mentale féminine, laquelle est prouvée et réelle. Toute innovation digitale qui permettrait de l‘alléger, pour améliorer la prévention et le soin, serait une grande avancée. Au sein du Collectif Femmes de santé, nous œuvrons pour qu’un indicateur de cette charge mentale soit systématiquement pris en compte dans toutes les avancées. Nous demandons aussi une refonte complète du système d’appels d’offres publics en faveur des innovations dans la santé de la femme. Aujourd’hui, seules les healthtechs à un stade de maturité relativement avancé y ont accès, les start-ups des Femtech en étant exclues. En outre, les délais de mises en œuvre des innovations à l’hôpital sont encore beaucoup trop longs.
Toutefois, notre collectif n’est pas exclusivement tourné vers les Femtech mais compte parmi ses membres des directrices d’hôpital, des médecins, des pharmaciennes d’officines, des infirmières, des avocates… tous secteurs confondus. Il est d’ailleurs à l’initiative d’une charte d’engagement signée par près de 400 médias, institutions publiques, sociétés ou personnes physiques, qui s’engagent vers une meilleure visibilité des femmes expertes.
Biotech Finances : Quelle est votre vision de l’entreprenariat au féminin ?
Alice de Maximy : J’ai été incubée par Willa, qui aide les femmes à entreprendre dans la tech. L’entreprenariat au féminin représente un parcours du combattant, avec le franchissement de multiples sommets, du haut desquels, les Femtech s’aperçoivent que la route reste encore longue. Si femmes entrent dans la santé c’est qu’elles veulent donner du sens à leur travail. Quand elles ne trouvent pas ce qu’elles cherchent, elles le créent. Un frein : le marché sur lequel elles se lancent n’existe pas ou leur activité n’est pas reconnue. Ce qui leur demande une persévérance et une pugnacité très élevées. Ces entrepreneuses ont souvent deux emplois, et se trouvent vite confrontées à un besoin de financement qui les empêche d’aller plus loin. Je souhaiterais que le collectif Femmes de santé trouve un moyen de créer un mini fonds d’investissement pour accompagner les start-upeuses, et leur permettre de poursuivre leur activité jusqu’à l’obtention d’une preuve du concept.
A Femmes de santé, outre le conseil, l’accompagnement en RSE et en faveur de l’égalité dans les établissements de santé, nous assurons aussi de la formation sur les grands enjeux de l’accompagnement des femmes afin de progresser dans leur carrière, sur les remarques sexistes et sexuelles, et sur la santé de la femme. Nous voulons une santé plus juste dans tous les secteurs car plus égalitaire.
Propos recueillis par Christine Colmont

