(BiotechFinances n°951 1-07-2021) Engagé dans les discussions avec le Gouvernement, le Conseil de la e-santé qui regroupe 250 membres issus de la société civile, des industriels, des pharmas aux biotechs, start-up en santé, associations de patients, soignants, scientifiques, juristes et investisseurs promeut la santé numérique en France et à l’international. En parallèle de notre enquête sur le modèle allemand Myriam Oukkal, présidente du Conseil de la e-santé, nous livre sa vision de la situation en France.
BiotechFinances – Que retenez-vous du plan santé présenté par E. Macron pour le volet numérique ?
Myriam Oukkal : Ce nouveau plan est tout à fait complémentaire avec les 2 Mds€ dédiés au numérique en santé par le Ségur. 650 millions ont été alloués pour passer à la médecine connectée et soutenir la maturation des projets structurants. Outre le programme d’investissements d’avenir (PIA), certaines mesures du plan vont avoir également un impact sur notre segment parmi lesquelles la création d’une agence d’innovation en santé, l’accès généralisé à la télésurveillance et aux dispositifs médicaux associés.
BF – Où se logent les zones de frictions nationales ?
Myriam Oukkal : Les problèmes sont essentiellement structurels. A la différence de marchés traditionnels, celui de la santé numérique en France manque encore de maturation, de corrélation entre l’offre et la demande, de coordination et de lisibilité. Le quantitatif l’emporte parfois sur le qualitatif avec des solutions éloignées du besoins des usagers et du service médical rendu. C’est un des challenges de l’agence de l’innovation en santé que d’organiser et de clarifier tout cela.
BF – Le modèle Allemand est-il plus inspirant ?
Myriam Oukkal : En Allemagne, une solution numérique doit prouver son application concrète, sa valeur clinique et on y adosse ensuite des financements de façon très opérationnelle. Les Länders sont très autonomes et les Biorégions nombreuses. Tous fonctionnent en meute pour faire gagner de la valeur au pays. En France, nous devons davantage valoriser la coopétition sur le plan national et une vision européenne. Nous avons opté pour une stratégie de capitalisation, de levée de fonds et de développement de licornes. Les start-ups allemandes vont en priorité aller chercher du chiffre d’affaires et générer une valeur ajoutée pour elles-mêmes.
BP – Vos attentes pour les mois à venir ?
Myriam Oukkal : Nous observerons bien sûr le déploiement du socle de mesures du volet numérique de ma santé 2022, notamment Mon espace santé qui, s’appuiera sur le Dossier médical Partagé (DMP). La progression de l’alimentation du DMP est un des enjeux majeurs. Au-delà, des moyens humains et concrets doivent permettre la conduite du changement et l’acculturation des professionnels à ces nouveaux outils. Il faudra aussi œuvrer collectivement pour faire face au manque de cohérence globale de la recherche en santé. Cette organisation, en l’état, a pour corollaire un manque de lisibilité globale et un défaut dans la coordination entre les différents acteurs et plateformes de recherche pour valoriser les innovations. Ces freins doivent être levés pour faire face à la concurrence internationale et notamment la Chine et les États-Unis.
Lire p 6-7 « SANTÉ NUMÉRIQUE EN ALLEMAGNE, UN MODÈLE À SUIVRE ? »





