(BiotechFinances n°997 lundi 12 septembre 2022) Fin de partie pour la M&A d’Illumina sur Grail. Momentanée ? En vertu du règlement de l’Union Européenne sur les concentrations, son projet d’acquisition, une opération à 8 mds$, a été blackboulé en ce début de semaine par la Commission européenne. Margrethe Vestager vice-présidente executive en charge de la politique de concurrence a indiqué qu’il était « vital de préserver la concurrence entre les développeurs de tests de détection précoce du cancer à ce stade critique de développement ». Et ajouté que : « les solutions proposées par Illumina dans ce sens n’avaient pas été convaincantes ». Le marché mondial dont il s’agit pourrait avoisiner les 40 Mds$ par an en 2035. Il est particulièrement sensible et l’esprit de la souveraineté européenne dans ce domaine a peut-être aussi prévalu.
Bon ou mauvais signal ?
Dans un climat qui depuis quelques temps semblait profitable aux M&A ce blocage temporaire peut donner l’effet d’un coup de froid et il faudra en observer les répercussions. Jusqu’alors le ciel des opérations de ce type était plutôt sans nuage. « Depuis le début de l’année, nous avons dénombré 22 rachats de biotech cotées aux Etats-Unis et en Europe, » souligne Khalid Deojee, analyste en sciences de la vie chez Bryan Garnier. « C’est un chiffre qui est au-dessus de ceux que nous avons observé depuis 2010. » A bien y regarder, la liste et les montants sont impressionnants : Amgen-Chemocentryx à 4 Mrds$, Pfizer-Global Blood Therapeutics à 5,4 Mrds$, Pfizer-Biohaven à 11,6 Mrds$, UCB-Zogenix à 1 Mrd$, les acquisitions d’IPSEN, d’Alcon et encore celle potentiellement annoncée de Merck sur Seagen pour un montant de 40 Mrds$. La ronde des M&A durera-t-elle ? « Ce que l’on constate, c’est que les cibles sont toutes dans le périmètre de la commercialisation, » note Khalid Deojee. Une nouvelle d’intérêt pour les biotechs françaises dans les phases les plus avancées comme l’est, potentiellement, MedinCell pour ne citer qu’elle.
Tensions sur le cash
Au-delà, tout le marché du capital pour nombre d’entreprises des sciences de la vie reste tendu et souffre toujours d’un manque de visibilité. Certes, mi-juin, le SBI a rebondi de plus de 50% par rapport « à ses plus bas », mais la fenêtre des IPO reste close et les investisseurs sont concentrés sur les valeurs sûres à l’instar des big pharma. « Au second quadrimestre, 50% des biotechs européennes avaient moins de 12 mois de cash devant elles et parmi elles, les Françaises sont sans doute parmi les plus touchées », reprend Khalid Deojee. « Malheureusement, nous observons que nos entreprises de biotech cotées lèvent en moyenne des fonds qui leur donnent un cash runway assez court, souvent d’une durée de 12-15 mois. C’est un phénomène qui les met très vite dans une situation précaire ». De fait, la tension est plus que jamais palpable et les directions opérationnelles s’ingénient à trouver des sources d’économies et de refinancement pour 6 à 18 mois supplémentaires. Onxeo s’extrayant de la cote américaine est un exemple parmi d’autres des ajustements qui participent à augmenter la zone de confort. « Au Danemark, Saniona a mis en pause son programme lead. En Suisse, Addex Therapeutics a aussi coupé momentanément dans ses développements pour préserver son cash-runway, » illustre Khalid Deojee. De quoi alimenter un climat toujours plus anxiogène et nourri d’une incertitude grandissante qui alimente ce sentiment de fragilité de la santé et de ses acteurs les plus innovants.





