Dr Philippe Pouletty, fondateur et directeur général de Truffle Capital
« L’Europe est aujourd’hui un nain technologique derrière les USA, la Chine et l’Inde ! »
Dans le contexte actuellement atone de l’investissement dans le secteur de la santé, Truffle Capital mise sur la
répétition du modèle qui a fait le succès de sa pépite Abivax, fondée par Truffle en 2013 à partir de la fusion de trois de ses biotechs – Splicos, Wittycell et Zophis – et dont la capitalisation en Bourse s’élève désormais à près de 10 milliards de dollars, soit l’équivalent de celle du laboratoire Moderna ! « Le problème des sociétés basées sur une seule technologie ou pathologie est qu’elles subissent un taux d’échec plus élevé, qui décourage les investisseurs et les managements de talent, observe le directeur général de Truffle Capital (278 millions d’euros d’actifs sous gestion en biomedtechs), Philippe Pouletty. C’est pourquoi nous préférons fusionner nos sociétés une fois qu’une partie de leur risque est écartée, afin d’en faire des futurs leaders mondiaux, comme Abivax. C’est aujourd’hui ce que nous préparons avec le projet Carvolix (ex-CarvOlympics) dans le domaine de la cardiologie interventionnelle et du traitement d’urgence des AVC, grâce à ses mini-robots autonomes guidés par imagerie et intelligence artificielle, et à ses valves cardiaques physiologiques. » La medtech, qui vient d’obtenir l’autorisation de la FDA de commercialiser aux États-Unis son logiciel d’IA de remplacement de valves cardiaques, ainsi que de très bons résultats cliniques en Australie, pourrait ainsi bientôt prendre la relève de son modèle.
Au-delà de ces perspectives, le pionnier du secteur des biotechnologies s’inquiète du déclassement de la France et de l’Europe sur le marché mondial de l’investissement dans la healthtech. « L’Europe est aujourd’hui un nain technologique derrière les USA, la Chine et l’Inde !, assène l’expérimenté professionnel, alertant en particulier sur l’énorme danger pour les biotechs françaises que représentent des partenaires chinois, potentiels prédateurs capables de copier en quelques mois votre savoir-faire sans tenir compte de vos brevets ou de chimériques contrats. »
Dans ce paysage, la société indépendante de capital-risque en santé reste donc orientée vers les investisseurs américains, en dépit des incertitudes qui risquent encore de peser sur l’industrie outre-Atlantique en 2026 et 2027, après le récent discours de Donald Trump sur la baisse des prix des médicaments, notamment les GLP-1 de Novo Nordisk et Eli Lilly… « Malgré ces préoccupations, nous nous adaptons en prenant des chemins novateurs ou inhabituels, en réalisant des consolidations de plusieurs entreprises pour les faire croître, ou en nous apprêtant, dès l’année prochaine, à lever de nouveaux fonds respectables, mais pas forcément auprès d’investisseurs européens classiques… », annonce Philippe Pouletty.

