Finalement, la Fondation internationale de recherche Servier franchit le pas et s’est offert Day One Biopharmaceuticals pour 2,17 Mds $. Avec application, le laboratoire français se renforce en oncologie, et plus précisément sur les tumeurs cérébrales. Avec cette opération, Servier trouve dans la corbeille le tovorafenib (Ojemda), un inhibiteur de RAF de type 2 déjà enregistré auprès de la FDA, en avril 2024, pour traiter le gliome pédiatrique de bas grade (pLGG, pediatric low-grade glioma) récidivant ou réfractaire chez des patients âgés de 6 mois et plus. Ce nouvel actif vient compléter le Voranigo, la petite molécule d’Agios Pharmaceuticals (racheté par Servier en 2021 pour 2 Mds $), dans le traitement des gliomes présentant une mutation IDH1 ou IDH2 sensible chez des patients âgés de 12 ans et plus. Servier peut se féliciter, puisque le vorasidenib (Voranigo), qui a accumulé les reconnaissances et les prix dans la catégorie « meilleur produit pour les maladies orphelines/rares » (Prix Galien USA, Prix Galien Pologne, Prix Galien Bridges), a déjà largement contribué à l’accroissement du CA oncologie du groupe (+54,6% à 2,21 Mds €), notamment à la suite du lancement de la molécule aux USA. Servier semble vouloir réitérer le jackpot avec l’Ojemda de Day One, une thérapie ciblée que nombre d’analystes anticipaient comme un potentiel très beau produit, notamment en intégrant l’extension en 1L et 2L dans le pLGG. D’ailleurs, Ojemda aurait généré 135 M€ (+172% de croissance du CA) pour sa première année complète de commercialisation. Mais il faut aussi se souvenir qu’en janvier 2026, Day One Pharmaceuticals a finalisé le rachat de Mersana Therapeutics, qui apportait deux ADC (antibody-drug conjugates). Le premier, Day-301, dirigé contre PTK7, une cible validée fortement exprimée dans des tumeurs solides (cancers du sein, du côlon, gastriques et de l’ovaire) appartenant aux voies de signalisation Wnt, ce qui la rend très concurrentielle. L’autre ADC en portefeuille est l’Emi-Le, ou emiltatug ledadotin, qui se fixe à B7-H4, une cible bien caractérisée dans certains cancers, notamment le carcinome adénoïde kystique (ACC), un cancer rare et difficile des glandes salivaires et pour lequel il existe un besoin médical clairement non satisfait. Ainsi donc, Servier poursuit sa stratégie, qui devrait l’amener à court terme à devenir « l’un des leaders dans le domaine des cancers rares », mais aussi, à plus long terme, à intégrer le club relativement fermé des possesseurs d’ADC. D’ailleurs, Servier a réalisé un certain nombre d’opérations (licences avec Black Diamond Therapeutics sur les tumeurs RAF/RAS, avec Ideaya Biosciences sur le darovasertib, un inhibiteur de PKC, accord avec Insilico Medicine), qui renforcent sa division oncologie.
Exergue : « Servier semble vouloir réitérer le jackpot avec l’Ojemda de Day One, une thérapie ciblée que nombre d’analystes anticipaient comme un potentiel très beau produit… »






