(BiotechFinances n°994 lundi 18 juillet 2022) Depuis le début de l’année, les performances négatives enregistrées sur les marchés ont conduit à des sorties de capitaux dans les fonds biotechs. Une situation qui tranche avec celle des années précédentes qui se caractérisaient par un engouement autour des valeurs biotechs et plus généralement de la santé. Un éclairage intéressant pour lire d’une autre manière les jeux de positions sur le secteur.
Emporté par les corrections massives enregistrées sur les valeurs technologiques et de croissance, le thème des valeurs biotechnologiques ne semble plus séduire les investisseurs. Sur les 6 premiers mois de l’année 2022, les OPCVM investis sur les valeurs biotechs cotées ont enregistré des sorties de capitaux. Les fonds de gestion active domiciliés en Europe ont perdu quelques 260 millions d’euros, tandis que les fonds de gestion passive comme les ETF (exchange trade funds) sont seulement parvenus à limiter la casse en générant des flux positifs très modestes de l’ordre de 147 millions d’euros, selon les données collectées par le cabinet de conseils, BSD Investing. Il est vrai que depuis le début de l’année la performance n’est pas au rendez-vous. L’indice représentatif de ces valeurs à savoir le Nasdaq Biotechnology a effet corrigé de 13% sur les 6 premiers mois de l’année. Les pertes sont encore plus importantes sur les fonds commercialisés en France. Selon le fournisseur de données Six Financial Information, ces fonds ont délivré une performance moyenne négative de -18,04% sur le premier semestre 2022, le meilleur fonds, celui proposé par la société de gestion GAM affichant une performance nulle autour de 0% et le moins bon, un fonds de Crédit Suisse une contre-performance de -37,2% !
Des flux de capitaux importants en 2020 et 2021
Cette situation tranche avec celle qui prévalait depuis le début de la crise sanitaire. Celle-ci avait en effet conduit les investisseurs à se mobiliser autour des valeurs liées aux biotechnologiques. En 2020, les flux collectés dans les fonds de gestion active domiciliés en Europe avaient ainsi atteint un niveau record à 11,7 milliards d’euros, tandis que les fonds passifs se distinguaient également avec une collecte nette supplémentaire de 2,3 milliards d’euros. Si cette performance ne s’est pas répétée en 2021, la collecte nette est restée relativement élevée l’an dernier par rapport aux flux historiques qui oscillent dans les bonnes années autour de 2 à 3 milliards d’euros en Europe pour les fonds cotés. Elle ressortait ainsi en 2021, toutes catégories de fonds cotés confondues (à savoir actifs et passifs), à un peu plus de 10 milliards d’euros. Là encore, la collecte a été de pair avec des performances attractives. En 2020, les fonds spécialisés dans les valeurs biotechs avaient, en effet, délivré une performance à deux chiffres à savoir 16,3% en moyenne pour les fonds de gestion active et 15,5% pour les ETF et celle-ci s’est réduite en 2021 à respectivement 4,2% et 7,2% sur l’année, selon BDS Investing.
Il est par ailleurs intéressant de noter que, selon les années, les écarts entre la gestion active et la gestion passive sont importants dans cette catégorie de fonds. Sur les 6 premiers mois de l’année, il était plus pertinent pour un investisseur de se positionner sur des fonds de gestion active car ils avaient en moyenne réussi à limiter les pertes à 11,5%, tandis que les ETF perdaient 13,5%, selon BDS Investing. En revanche, les ETF avaient fait mieux que les gérants actifs en 2020 et cela est également le cas sur 3 ans, même si l’écart de performance (+19,8% pour les gérants actifs sur la période et +20,1% pour les gérants passifs) est relativement limité. « Sur ce segment à forte volatilité, la dispersion des rendements entre les fonds actifs est importante. Ainsi sur 3 ans, le maximum de performance pour les fonds actifs est de 53% et le minimum de -3% contre 20% pour les ETF sur la même période. Le constat est clair, depuis le début de l’année, les fonds actifs résistent mieux à la baisse du marché », explique Marlène Hassine Konqui, directrice générale associée de BDS Investing. Les gérants actifs s’appuyant sur leurs convictions réalisent en effet des choix marqués entre les valeurs. Ils proposent généralement des fonds concentrés autour d’une trentaine voire d’une quarantaine de valeurs qui d’après eux devraient parvenir à obtenir des résultats cliniques probants et donc la mise sur le marché de nouvelles molécules ou de procédés thérapeutiques. Les écarts de performance entre les fonds gérés activement peuvent être ainsi considérables. Cette catégorie de fonds est donc réservée aux investisseurs avertis, tandis que les ETF peuvent être utilisés comme une source de diversification par l’ensemble des investisseurs.
Un marché relativement étroit
L’autre particularité de ce thème d’investissement réside dans son étroitesse. Les fournisseurs de données dénombrent une quarantaine de fonds de gestion active et moins d’une dizaine de fonds passifs disponibles à la commercialisation en Europe pour un volume total d’actifs sous gestion d’environ 5 milliards dont 4 milliards d’euros en gestion active. Parmi les fonds de gestion active, seulement 4 d’entre eux affichent un volume sous gestion supérieur à un milliard d’euros, le reste est constitué de fonds avec des volumes d’actifs très réduits. Et il en va de même pour les quelques ETF présents sur ce marché. « Il existe 7 ETF disponibles à la commercialisation en Europe dont seulement deux d’une taille significative et ils sont proposés par les gestionnaires d’actifs Invesco et iShares (une marque de BlackRock) avec respectivement 600 millions et 400 millions de dollars d’encours. Ces deux ETF répliquent le même indice que la majorité des fonds actifs de taille significative, à savoir le Nasdaq Biotechnology. Certains fonds actifs ont fait le choix de se comparer à un indice plus large comprenant l’ensemble des secteurs à savoir le MSCI ACWI, notamment le fonds géré par le gestionnaire suisse Pictet », relate Marlène Hassine Konqui. Une façon de se distinguer de la concurrence.
Sandra Sebag – Journaliste Pôle finances BiotechFinances
Lexique
Les ETF (exchange trade funds) sont des fonds d’investissement cotés sur des marchés boursiers comme Euronext par exemple et qui répliquent strictement des indices. Il peut s’agir d’indices qui représentent des places financières comme le CAC 40, des secteurs comme celui des biotechnologies ou des thèmes d’investissement.
Les fonds actifs sont mis en œuvre par des gérants qui procèdent à des choix marqués en fonction des fondamentaux des entreprises, de leurs anticipations et de leurs convictions, leur performance peut donc fortement varier par rapport aux indices de marché.

