La biotech basée à Limoges est en passe de lever son premier million d’euros d’ici la fin avril. Elle se donne environ 12 mois pour accumuler un maximum de datas et chercher à nouveau 3 M€ auprès d’un fond spécialisé en santé.
C’est parti pour la première levée de fonds dilutive. Yomi Pharma compte boucler son roadshow à la fin du mois d’avril, et vise le million d’euros. “Depuis notre création en octobre 2023, nous avons reçu un peu moins de 450 000 euros, tous financements confondus”, assure Sébastien Arico, cofondateur de la biotech limougeaude, à la faveur notamment de prêts d’honneur, d’une incubation puis maturation de la part d’Aliénor Transfert, et de plusieurs subventions provenant de Bpifrance, de Limoges Métropole et la région Nouvelle-Aquitaine. “Notre tour sera principalement constitué de business angels français, même si nous sommes aussi en discussions avancées avec un fonds d’investissements pour compléter le tour”, assure le directeur des opérations. Objectif : “accumuler un maximum de datas précliniques solides, principalement des données de pharmacocinétique et d’optimisation de notre candidat principal”. Et ainsi se donner toutes les chances d’être “en position de force” d’ici 12 à 15 mois “pour convaincre un ou plusieurs fonds spécialisés en santé pour lever à nouveau 3 M€ et atteindre le stade clinique d’ici trois ans”, poursuit Sébastien Arico, qui prévoit par ailleurs d’aller chercher d’autres dispositifs “comme des obligations convertibles via Frenchtech Seed de Bpifrance, pour faire levier”.
Le choix stratégique d’une levée en deux étapes
Certes, Yomi Pharma évolue dans le secteur porteur de l’oncologie, et cible en première indication le cancer du poumon, qui représente la première cause de décès par cancer, avec près de 1,8 million de décès annuels dans le monde. Dans cette indication, 100% des patients vont devenir résistants aux traitements existants après quelques mois de traitement (18 mois en moyenne). Même avec des thérapies dites ciblées, la cible peut muter. Le cancer récidive et devient alors très agressif : les patients doivent se tourner vers de la chimiothérapie, avec tous les effets secondaires qui l’accompagnent. Au bout de 3 ans, la moitié des patients décèdent et la survie à 5 ans est de moins de 5%. Le besoin médical est gigantesque et le marché mondial des traitements contre le cancer du poumon, estimé à 35,4 Mds$ en 2025, devrait atteindre 71,3 Mds$ d’ici à 2034 (+8,1% par an).
Malgré tout, pour Sébastien Arico, ce découpage de levée de fonds en deux étapes est une nécessité, dans le contexte de frilosité conjoncturelle des investisseurs en général (et dans la santé en particulier) et d’incertitudes politiques internationales en général (et en France en particulier). “Si nous sommes déjà parvenus à obtenir de très bons résultats, in vitro et in vivo, avec des premières preuves de concept (POC) chez la souris, nous aurions du mal à lever dès aujourd’hui les 4 M€ dont nous avons besoin”, estime-t-il. Et d’analyser : “D’un côté, les fonds généralistes rechignent à financer les biotechs, hyper risquées, et de l’autre, les fonds spécialisés, y compris les fonds seed et early-stage, attendent des POC élaborées, avec des données très proches de la clinique”, analyse le chercheur en biologie cellulaire.
Un peptide issu de la sortiline
Le candidat phare de Yomi Pharma repose sur les propriétés antitumorales d’un peptide issu de la sortiline. “Cette protéine joue un rôle dans l’agressivité du cancer”, explique Sébastien Arico. Cette découverte, c’est Camille Granet, présidente de Yomi pharma, et Thomas Naves, également cofondateur – dont les noms font écho dans les cercles scientifiques – qui l’ont faite, à l’Université de Limoges. Les chercheurs ont démontré que la sortiline est naturellement découpée en plusieurs fragments peptidiques, puis ils ont trouvé que l’un d’entre eux générait une forte activité anti-tumorale, en bloquant la signalisation de l’EGFR, à savoir l’onco-récepteur le plus retrouvé muté dans ce type de cancers. Ils l’ont donc isolé. “Nous présentons un gros avantage concurrentiel puisque notre molécule n’est pas du tout sensible à l’apparition de mutations secondaires”, se félicite Sébastien Arico, rappelant qu’un brevet a été déposé en 2019.
La sortiline pourrait bien s’avérer utile dans d’autres types de cancers. “Nous allons explorer d’autres pistes de travail sur des cancers où des anomalies de l’EGFR sont bien connues, comme le cancer colorectal ou les cancers de la tête et du coup, par exemple, ainsi que les maladies neurodégénératives, pour lesquelles la littérature a montré que la sortiline était impliquée”, glisse-t-il.
Marine Rabreau





