(BiotechFinances n° 995 lundi 25 juillet 2022) Si nous étions ironiques, ce que nous ne sommes pas, nous pourrions dire que la recherche française sert à nos instances politiques à produire du rapport, car on ne compte plus les pages demandées et écrites sur ce sujet. Les études de nos assemblées (Sénat, Assemblée nationale), ceux de nos institutions (Académie des Sciences, HCERES), celles de nos think tank (Institut Montaigne) et probablement aussi de certains cabinets de conseils (BCG, McKinsey) sont autant de pierres qui traduisent bien la crise de notre recherche.
D’ailleurs, les sujets sont multiples et vont depuis l’état des lieux, le positionnement international, l’emploi scientifique, le rapport recherche privé/recherche publique, la position dans les recherches anti-Covid. Ces interrogations à propos de notre capacité à nous maintenir dans le concert mondial, ne sont pas nouvelles mais elles ont dû, cette fois, se confronter à la réalité de la crise sanitaire. Celle-ci aura été un véritable tsunami pour nos instances politiques qui avaient toujours un léger dédain de littéraires ou économistes à l’égard des activités de R&D et des ingénieurs et il fallait penser à évoquer les chercheurs et leurs problèmes improductifs. Les vagues de Covid déferlant sur la France auront certainement forcé à une véritable remise en question et cela à tous les niveaux. Le titre du dernier rapport en date est évocateur et qui sait, prémonitoire. « La recherche Française, bientôt sous assistance respiratoire ? » est le fruit de la réflexion de Jean-François Vigier. Notre rédacteur profite de l’arrivée d’une nouvelle ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) pour tirer la sonnette d’alarme. Madame Retailleau, ex-présidente de l’Université Paris-Saclay, accède au MESRI toute auréolée de la place de son ex-établissement au classement de Shanghai. Monsieur Vigier, secrétaire national de l’UDI en charge de la recherche, qui est aussi maire de Bures-sur-Yvette, au centre du nouveau triangle d’or de la recherche Française (communauté d’agglomération Paris-Saclay) l’interpelle sur un certain nombre de points essentiels : le besoin d’une véritable stratégie pour l’enseignement supérieur avec une réflexion sur le recrutement et les carrières; une autonomie de gestion des ressources humaines renforcée pour les institutions de recherche, qui permettraient d’alléger voire faire disparaitre les contraintes administratives actuelles qui étouffent les chercheurs. Et surtout, la conduite d’une véritable politique de soutien à la recherche et à l’innovation (on parle même d’une poche du Secrétariat Général pour l’Investissement dédié au MESRI). Comme semble-t-il tout change depuis les élections présidentielles, espérons que des transformations dans la perception de la recherche naîtront de ces nouvelles lignes… sinon, nous aurons gagné un nouveau rapport.
