La fermeture de la Silicon Valley Bank (SVB) par les autorités bancaires fédérales californiennes (California Department of Financial Protection and Innovation, CDFPI) a eu l’effet d’un véritable séisme pour le système financier mondial. Cette banque commerciale, la 16ème aux US, peu connue du grand public, demeurait relativement petite face à certains mastodontes du secteur comme Bank of America (BoA), JP Morgan Chase. Toutefois, la SVB, du fait de son nom et de sa localisation originelle, était devenue un point de passage obligé d’une grande partie de l’écosystème de l’innovation technologique mondial. Une situation qui est l’exact reflet bancaire du ralentissement de la croissance des valeurs technologiques déjà observé à la bourse. D’ailleurs, les investisseurs en capital, véritables vigies, ont souvent conseillé à leurs sociétés de récupérer leurs avoirs et de se dédouaner en communicant leur niveau d’exposition aux risques de défaillance. Mais la situation est un peu plus complexe qu’il n’y parait car si au sein du groupe SVB Financial, la banque commerciale est en défaut, la banque d’investissement SVB Securities (ex-SVB Leerink, d’ailleurs sise à Boston) et SVB Capital, société aux 9,5 milliards de dollars sous gestion sont en bien meilleure forme que la holding. Au point où le conseil d’administration, qui a mis en place un comité de restructuration, est à la recherche d’acheteurs pour ses joyaux de la couronne. Il n’en reste pas moins que la situation demeure précaire pour les biotechnologies. En effet, au-delà de l’accès immédiat aux liquidités existantes déposées dans les « coffres » de la SVB, dont une minorité est assurée par la FDIC, c’est l’accès aux financements qui va être mis en cause pour les sociétés de sciences du vivant. Avec la disparition de la banque californienne, nous devrions être face à un effondrement des valorisations, consécutif aux effets de l’inflation, de la hausse des taux et du ralentissement des activités technologiques qui pourrait bien se poursuivre. Car, SVB et d’autres, agissant en « facilitateur d’accès au capital » (prêts, financements divers sans trop de dilution), permettaient ainsi de laisser passer le mauvais temps. Mais la situation actuelle conduirait certains détenteurs de titres de sociétés de biotechnologie à s’en délester encore plus rapidement afin de compenser, voire de réduire leurs pertes. Comme on le voit, cette accumulation de nuages peut apparaître comme la fin d’un cycle : celui de l’argent « facile ». D’ailleurs, il y a quelques mois, plusieurs investisseurs en capital s’étaient posés des questions sur leur classe d’actifs, avec notamment le rachat de certaines maisons de Venture par le Private Equity, préconisant même un changement de paradigme pour l’industrie des biotechnologies et tout l’écosystème. Est-ce la fin des licornes ?




