Alors que débute Octobre Rose, nous avons souhaité revenir sur la stratégie décennale de lutte contre les cancers et son articulation. Cette stratégie ambitieuse pour la période 2021-2030 se décline selon quatre axes : améliorer la prévention, limiter les séquelles et améliorer la qualité de vie, lutter contre les cancers de mauvais pronostic, s’assurer que les progrès bénéficient à tous. Cet exercice qui permet au pouvoir d’afficher une politique volontariste passe aussi par des objectifs « opérationnels » chiffrés comme la réduction de 60 000 par an le nombre de cancers évitables, à horizon 2040 (on l’estime aujourd’hui à environ 153 000 par an) ou encore la réalisation d’un million de dépistages en plus à horizon 2025, sur le périmètre des dépistages existants (aujourd’hui, environ 9 millions de dépistages sont réalisés chaque année).
Mais la situation si l’on en croit certains acteurs du domaine est bien différente sur le terrain. Ainsi à notre connaissance, l’usage des signatures génomiques, une avancée essentielle dans la gestion des traitements et des effets secondaires, puisque ces tests permettent d’évaluer le bénéfice de la chimiothérapie pour chaque patient, n’a toujours pas été revu. En janvier 2019, la décision, ô combien surprenante, de l’HAS (Haute Autorité de Santé) est tombée. Elle a statué négativement sur les 4 tests du marché. Exit les tests à signature génomique !! L’argument avancé par l’HAS, qui « juge prématuré au regard du contexte de prise en charge français, de préconiser l’utilisation en routine de signatures génomiques dans le cancer du sein de stade précoce, » était que les signatures génomiques n’auraient pas démontré d’intérêt pour les patientes présentant un adénocarcinome infiltrant (de préférence canalaire) d’un type un peu particulier et présentant une incertitude thérapeutique. Ainsi donc l’HAS, qui apparemment, prendrait au pied de la lettre le concept de personnalisation, bloquerait l’accès à des mécanismes thérapeutiques innovants* pour l’ensemble de la population en refusant le remboursement de tests à 400 €. Cela est d’autant plus surprenant que l’un des objectifs chiffrés de la stratégie est de réduire de 2/3 à 1/3 la part des patientes souffrant de séquelles (notamment les séquelles chimio-induites) 5 ans après un diagnostic. Il est aujourd’hui plus que vital de repenser l’organisation de notre système d’évaluation de médicaments en vue de leur remboursement, car il est avéré que nous sommes systématiquement en retard sur nos voisins dans l’accès à l’innovation, qui, cerise sur le gâteau, ne provient plus de notre recherche. On ne peut pas multiplier les discours et les attitudes à moins de perdre en crédibilité, de se moquer du monde ou alors de relever de la psychiatrie.
* En l’occurrence une désescalade thérapeutique puisqu’environ 20% des femmes verraient leurs chimiothérapies ajustées grâce à ces tests génomiques.





