L’expression date de 1997. Elle avait été proférée par Claude Allègre alors ministre de l’Education Nationale. Il fallait disait-il « dégraisser le mammouth » comparant la lourdeur supposée et la taille de son administration à celle de l’animal préhistorique. Faudra-t-il faire de même avec le texte du projet de révision de la législation pharmaceutique par la Commission Européenne ? Le questionnement n’a rien d’anodin car le document qui devrait être partagé par la DG Santé mi-mars, entre le 10 et le 15 selon différentes sources, pourrait contenir quelque 1 000 pages en un langage dont on sait par avance qu’il n’aura ni la perméabilité, ni la fluidité d’une œuvre romanesque.
En France, la mobilisation des acteurs est en marche. Chez France Biotech bien sûr, mais aussi au sein de la jeune coalition « Life Sciences Accelaration Alliance » qui outre le couple franco-allemand fondateur Sofinnova Partners et TVM Capital, a vocation à rassembler investisseurs, entrepreneurs et scientifiques en vue de préserver la dynamique de l’innovation en santé européenne en commençant par son financement. « Nous avons pris conscience qu’il y avait un message spécifique à porter de la part de toute la communauté que nous représentons sur les questions d’investissement en santé, » nous a indiqué Yann Le Flohic, Vice-Président du conseil d’administration. « Notre objectif est de contribuer à ce que la révision de la législation pharmaceutique de l’UE offre une grande opportunité de retrouver le rôle de leader de l’Europe dans la R&D santé. Notamment pour garantir aux patients européens un accès permanent aux thérapies et aux substances actives les plus récentes. »
Eviter une relégation en seconde division
Tout récemment, l’association a publié une étude sur « l’importance du capital-risque pour l’écosystème des sciences de la vie en Europe« . Une photographie sans concession qui confronte la situation des acteurs en Europe avec celle de leurs homologues Américains et Chinois. Un état des lieux qui pointe en creux les efforts à produire pour éviter une relégation en seconde division. « Bien que l’Europe reste un leader dans la recherche de nouvelles solutions dans le domaine des sciences de la vie, notre continent perd du terrain, » note l’étude qui souligne que, les entreprises américaines de biotechnologie ont investi environ 11 fois plus dans leur R&D que les healthtechs européennes en 2020. En outre, les sociétés de capital-risque lèvent 3 à 4 fois moins de capitaux en Europe qu’aux États Unis. « Or, sans capital-risque, les solutions innovantes ne peuvent se développer dans l’écosystème des sciences de la vie ». De surcroît, les VCs en Europe sont de plus en plus en concurrence avec la Chine, (cf tableau ci-après) car les capitaux disponibles y sont également plus importants qu’en Europe : en moyenne, 2 à 3 fois plus par tour de financement.
Cette capitalisation plus faible dans la phase d’amorçage accentue l’effet de la vallée de la mort et sans doute aussi a des défaillances plus nombreuses. Les entreprises ne disposant pas de cash suffisant se tournent in fine vers des régions où les capitaux sont plus faciles à obtenir. « Là où les réglementations permettent de mettre les innovations sur le marché plus facilement et à moindre coût – et souvent à de meilleurs prix qu’en Europe ». C’est particulièrement évident entre 2017 et 2021 note l’étude. « Durant cette période, les entreprises américaines ont mis sur le marché 2 fois plus de nouvelles molécules médicamenteuses qu’en Europe. La force des biotechs aux États-Unis se reflète également dans le nombre de brevets. Près de 12 000 nouveaux brevets ont été accordés aux États-Unis en 2020 contre environ 6 000 en Europe. Sur ces 6 000 brevets, 2 600 sont allés à des entreprises américaines. »

Trois priorités
Les solutions proposées par la « Life Sciences Accelaration Alliance » ? « Nous avons trois priorités : il faut une forte protection des brevets et des données pour sécuriser les investissements en capital-risque dans les solutions innovantes ; une appréciation et un paiement adéquats des médicaments innovants pour le bénéfice des patients ; un soutien accru à l’innovation en phase d’amorçage dans l’écosystème des sciences de la vie. » Le débat ne fait que commencer. Gageons qu’il arrive à temps pour éviter d’engager les biotechs sur la voie extrêmement complexe qui vaut désormais pour les medtechs au détriment des patients européens.
Jacques-Bernard Taste
L’ÉVOLUTION DES INVESTISSEMENTS MENÉS PAR LES VC AMÉRICAINS, EUROPÉENS ET CHINOIS ENTRE 2001 ET 2021





